Le dilemme du media buyer
Quand tu te lances dans le media buying, une question revient inévitablement : vaut-il mieux travailler en freelance ou en CDI ? C’est un choix qui impacte profondément ton quotidien, tes revenus, ta liberté et ton évolution de carrière.
Il n’y a pas de réponse universelle — les deux voies ont leurs mérites. Certains media buyers s’épanouissent pleinement en freelance, d’autres préfèrent la sécurité et l’environnement structuré d’une entreprise. Et beaucoup passent de l’un à l’autre au cours de leur carrière.
Ce guide te donne toutes les cartes pour faire un choix éclairé, basé sur tes priorités personnelles et professionnelles.
Avantages et inconvénients du freelance
Les avantages :
1. La liberté et la flexibilité
Tu choisis tes clients, tes horaires, ton lieu de travail. Tu peux travailler de chez toi, d’un café, d’un coworking ou de Bali. Si un client ne te plaît pas, tu peux mettre fin à la collaboration. Cette autonomie est le premier motif de passage au freelance pour la plupart des media buyers.
2. Le potentiel de revenus supérieur
Un media buyer freelance expérimenté peut gagner 2 à 3 fois plus qu’un salarié au même niveau de compétences. En gérant 4-5 clients avec des forfaits de 1 000-2 000 € par mois, tu atteins rapidement les 5 000-10 000 € de CA mensuel, voire bien plus.
3. La diversité des projets
Tu travailles avec des secteurs différents, des produits différents, des budgets différents. Cette variété accélère ton apprentissage et enrichit ton expertise. En 6 mois de freelance, tu peux acquérir autant d’expérience qu’en 2 ans de CDI dans une seule entreprise.
4. Le développement entrepreneurial
En freelance, tu développes des compétences business précieuses : vente, négociation, gestion financière, communication client, personal branding. Ces compétences te serviront toute ta vie, que tu restes freelance ou non.
Les inconvénients :
1. L’instabilité des revenus
Pas de salaire garanti à la fin du mois. Tu peux avoir des mois à 8 000 € et des mois à 2 000 €. Il faut savoir gérer cette irrégularité financièrement et psychologiquement. Constitue une trésorerie de 3-6 mois de charges avant de te lancer.
2. La solitude
Tu travailles souvent seul. Pas de collègues avec qui échanger au quotidien, pas de manager pour te guider. Cette solitude peut peser, surtout au début. Rejoins des communautés de freelances et des espaces de coworking pour compenser.
3. La charge administrative
Facturation, comptabilité, déclarations, relances clients, contrats — en freelance, tu gères tout toi-même. Ça prend du temps et de l’énergie, surtout si tu n’es pas naturellement organisé. Des outils comme Freebe, Henrri ou Indy facilitent la gestion.
4. La prospection permanente
Même quand tu as des clients, tu dois continuer à prospecter pour anticiper les fins de contrat. C’est une activité à part entière qui demande du temps et de la discipline.
Avantages et inconvénients du CDI
En CDI, tu as principalement deux options : travailler en agence ou chez l’annonceur (in-house).
En agence :
- Avantages : variété de clients et de secteurs, formation accélérée, environnement stimulant avec d’autres experts, accès à des budgets conséquents, évolution rapide.
- Inconvénients : rythme intense (heures supplémentaires fréquentes), pression des objectifs clients, salaires parfois inférieurs au marché, turnover élevé.
Chez l’annonceur (in-house) :
- Avantages : connaissance approfondie d’un seul business, stabilité, meilleur work-life balance qu’en agence, possibilité d’influencer la stratégie globale, salaires souvent plus élevés qu’en agence.
- Inconvénients : monotonie possible (un seul secteur, un seul produit), évolution plus lente, dépendance à une seule entreprise, moins de variété dans les compétences développées.
Les avantages communs du CDI :
- Sécurité financière : salaire fixe garanti, mutuelle, congés payés, chômage en cas de licenciement
- Formation continue : les entreprises investissent dans la formation de leurs employés
- Réseau professionnel : tu construis un réseau de collègues et de contacts dans l’industrie
- Accès aux outils : les licences logicielles, les outils de tracking et les formations sont pris en charge par l’employeur
Comparaison des revenus
Voici les fourchettes de rémunération constatées en France en 2026 :
En CDI (salaire brut annuel) :
- Junior (0-2 ans) : 28 000-35 000 € en agence, 30 000-38 000 € in-house
- Confirmé (2-5 ans) : 35 000-48 000 € en agence, 40 000-55 000 € in-house
- Senior (5+ ans) : 48 000-65 000 € en agence, 55 000-80 000 € in-house
- Head of Acquisition / Team Lead : 60 000-90 000 €+
En freelance (CA annuel) :
- Débutant (0-1 an) : 20 000-40 000 €
- Intermédiaire (1-3 ans) : 40 000-80 000 €
- Senior (3-5 ans) : 80 000-150 000 €
- Expert (5+ ans) : 150 000 €+ (certains dépassent les 200 000 €)
Attention : compare ce qui est comparable. Le CA freelance n’est pas un salaire net. En micro-entreprise, retire environ 22 % de charges sociales + l’impôt sur le revenu. En société (EURL/SASU), la fiscalité est différente. Un CA freelance de 80 000 € correspond grosso modo à un salaire brut de 55 000-65 000 €.
Le vrai avantage financier du freelance n’est pas dans le revenu mensuel mais dans la scalabilité. Un salarié est plafonné par la grille salariale de son entreprise. Un freelance peut augmenter ses tarifs, prendre plus de clients ou même créer une agence.
Le lifestyle freelance vs salarié
Au-delà des revenus, le choix entre freelance et CDI est surtout un choix de mode de vie. Voici une comparaison honnête du quotidien :
Journée type d’un media buyer freelance :
Tu te réveilles à l’heure que tu veux (disons 8h). Tu commences par checker les performances de tes campagnes clients depuis ton ordinateur. Tu passes la matinée à optimiser les campagnes et à créer de nouvelles créatives. L’après-midi, tu as un call client et tu travailles sur ta prospection. Tu finis ta journée à 17h ou 19h selon ta charge de travail. Certains jours, tu travailles depuis un café ou un espace de coworking pour changer d’air.
Journée type d’un media buyer salarié :
Tu arrives au bureau à 9h (ou tu te connectes en télétravail). Tu as un daily meeting avec ton équipe. Tu gères les campagnes de tes clients (en agence) ou de ta marque (in-house). Tu participes à des réunions stratégiques, tu fais du reporting, tu collabores avec les créatifs et les data analysts. Tu finis ta journée vers 18h-19h (parfois plus tard en agence, surtout en période de lancement).
Les deux modes de vie peuvent être très satisfaisants. La question est : qu’est-ce qui te motive le plus ? La liberté et l’autonomie, ou la structure et le collectif ?
Passer du CDI au freelance (et inversement)
Les deux voies ne sont pas mutuellement exclusives. Beaucoup de media buyers suivent ce parcours évolutif :
Phase 1 — CDI en agence (1-3 ans) : tu apprends le métier, tu gères des budgets conséquents avec le filet de sécurité du salariat. Tu développes tes compétences techniques et ton réseau.
Phase 2 — Transition vers le freelance : tu commences à prendre des missions en parallèle de ton CDI (attention au cadre légal et à ta clause d’exclusivité). Tu constitues ta trésorerie et tes premiers clients freelance.
Phase 3 — Freelance à plein temps : quand tes revenus freelance atteignent 70-80 % de ton salaire, tu fais le saut. Tu démissionnes ou tu négocies une rupture conventionnelle (qui te donne droit au chômage).
Phase 4 (optionnelle) — Retour en CDI ou création d’agence : certains freelances choisissent de revenir en CDI pour un poste de direction très bien rémunéré. D’autres créent leur propre agence en embauchant d’autres media buyers.
Le meilleur conseil : Si tu n’as aucune expérience, commence par 1-2 ans en CDI (idéalement en agence) pour apprendre les bases. Ensuite, tu auras les compétences ET le réseau pour réussir en freelance.
Notre avis
Si tu nous demandes notre avis en toute honnêteté, voici ce qu’on te recommande :
Si tu débutes dans le media buying (0 expérience) : commence par un CDI en agence. C’est la formation la plus accélérée possible. Tu apprendras plus en 1 an d’agence qu’en 2 ans seul devant ton écran. Et tu seras payé pour apprendre.
Si tu as 1-2 ans d’expérience et l’envie d’indépendance : prépare ta transition vers le freelance. Constitue une trésorerie, décroche 2-3 premiers clients, et lance-toi. Le marché des media buyers freelance est en forte demande en 2026.
Si tu valorises la sécurité avant tout : le CDI in-house est une excellente option. Les postes de media buyer chez les annonceurs offrent un bon équilibre entre rémunération, work-life balance et évolution de carrière.
Le plus important est de faire un choix aligné avec tes valeurs et ton mode de vie souhaité, pas avec les attentes des autres ou les tendances du moment.
FAQ
Peut-on être media buyer freelance sans avoir fait de CDI avant ?
Oui, c’est possible. Mais c’est plus difficile car tu devras tout apprendre seul. Si tu choisis cette voie, investis massivement dans ta formation (certifications, cours en ligne, pratique avec tes propres projets) et entoure-toi d’une communauté de media buyers.
Quel statut juridique pour débuter en freelance ?
La micro-entreprise est le statut le plus simple et le moins coûteux pour démarrer. Au-delà de 77 700 € de CA annuel (seuil 2026 pour les prestations de services), tu devras passer en société (EURL ou SASU).
Est-ce que les entreprises embauchent des media buyers juniors ?
Oui, surtout les agences. La demande de media buyers est forte et les agences forment volontiers des profils juniors motivés. Mets en avant tes certifications, ta curiosité et tes projets personnels (même modestes).